Le Tuesday 06 October - MOOREA -

J18 - Mardi 6 octobre 

Mot du jour : Fafapiti = raie manta

La Caravane bien qu’amoureuse n’échappe pas aux problèmes du quotidien qui sont à la fois relationnels, domestiques et logistiques. Même si pour la plupart des caravaniers, des stages de développement personnel ont été vécu, des livres parlant de conscience et de sagesse ont été lus, le vivre ensemble n’est pas facile. Il serait très naïf de penser que ce tout cela suffit à devenir des êtres accomplis, incarnant pleinement l’amour inconditionnel que de nombreux maîtres ascensionnés ont enseigné. Au fil des jours, des petits conflits apparaissent, des énervements à l’égard de l’un ou de l’autre, des critiques, des jugements fusent, et aussi des à priori, des étiquettes et des conclusions hasardeuses sur tel ou tel comportement… Je vous déçois sans doute et vous vous dîtes que vous avez bien fait de ne pas venir. Jusqu’à présent, le JdB (Journal de Bord) ne racontait que de belles histoires, il vous faisait rêver et là, retour à la réalité. La triste réalité humaine me diriez-vous. Vous vous trompez… le PFH, - Le putain de Facteur Humain – faisant inévitablement partie de l’aventure, on ne peut en faire l’impasse, et même si cela peut sembler curieux, il est précieux. C’est par les autres que nous apprenons beaucoup sur nous-mêmes. Je ne décrirai pas ici ces problèmes pour une simple et bonne raison, c’est que dans l’absolu, ils n’ont aucun intérêt en soi. Néanmoins, vu l’importance que cela a fini par prendre, nous avons provoqué une réunion incluant le staff et tous les caravaniers le soir pour désamorcer tout cela.

Mais avant de parler du soir, parlons de la journée. Elle fut toute simple. Nous sommes tous fatigués des trente heures de navigation qui furent nécessaires pour relier l’atoll de Rangiroa à l’île de Mooréa. Trente heures remuantes parfois stressantes, tant nous avons été durement ballotés par un océan Pacifique agîté par les rafales de vent froid venant de l’Antartique. Dans le lagon de Mooréa, l’eau vert turquoise est si translucide qu’elle appelle quelques caravaniers à snorkeler autour du catamaran, et ce malgré le vent et une surprenante fraîcheur avoisinnant les 16° ce matin. Les fonds n’excédant pas les 5 mètres, poissons multicolores, raies manta, murènes et de nombreuses tortues sont croisés. 16° degrés en Polynésie ! Hallucinant… Le comble c’est qu’à Belle-Île en Mer en Bretagne, ce même jour, il fait 25°. Décidément c’est le monde à l’envers ! Même si nous avons connu de très belles journées chaudes et ensoleillées dans les atolls des Tuamotu, on s’est aussi souvent « pelé » en Pélynésie…

Mais revenons à la Caravane amoureuse. Si certains, disais-je, ont choisi de se baigner, d’autres ont préféré reconnecter la « prise terre » en se baladant proche de la plage de Ta’ahiamanu. Quant à Hubert et moi-même, nous sommes restés sur le bateau pour monter le troisième épisode vidéo de la Caravane amoureuse en Polynésie pour la télévision polynésienne. Et la journée a filé ainsi, jusqu’à l’heure de la réunion appelée apéro qui se passera sur le catamaran Funambule… Soizic et Franck, les deux skippers du bateau ont mis vraiment les petits plats dans les grands pour recevoir tous les caravaniers.

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Jus et boissons sans alcool divers et variés, toasts de rillettes de thon et un très bon plat, du thon au curry accompagné de riz. Les caravaniers de Graffity sont arrivés aux alentours de 19h. Certains se sont mis sur leur 31.

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Musique douce polynésienne, nous  voilà tous à prendre un apéro hors norme sur une lagon paradisiaque du bout du monde. Et puis il a bien fallu crever l’abcès. Et c’est moi qui m’en suis chargé, rappelant les valeurs de la Caravane amoureuse.

« J’ai entendu que pour certains d’entre vous, ce projet est absurde, dans un monde où partout les extrêmismes montent avec pour conséquence, des guerres un peu partout. Vous avez certainement raison… Mais je persiste à dire que nos petites invasions dans les écoles et les villages, aussi anodines soient-elles, comptent dans l’égrégore du monde. Dans certains pays, des enfants meurent dans des écoles bombardée… Avec nous dans leurs écoles, ces enfants chantent, rient et dansent. Et Hubert capte ces moments et nous ferons un film de cela. Ce peu aussi insignifiant soit-il, peut donner de l’espérance, insuffler de la joie dans des cœurs meurtris, relever des visages, inspirer d’autres à en faire autant… L’un ronfle, l’autre pète, l’un critique, l’autre râle, l’un dort mal, l’autre vit la nuit… et alors ? Il nous est demandé d’ouvrir nos cœurs, d’accueillir ce que nous sommes et ce dans une compassion infinie, de l’ordre de la tendresse. Est-ce que nous nous rendons compte de la violence et de la colère que nous avons en nous ? La Caravane amoureuse, elle commence là, à être en amour les uns avec les autres.

 

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Pour deux raisons, je reconnais que cette Caravane est l’une des plus difficiles. La première raison, c’est la vie à huit dans un petit bateau, une promiscuité à laquelle se rajoute le stress lié aux aléas météorologiques, ce n’est pas facile, je le concède. La deuxième raison. La Caravane est scindée en deux. Nous sommes ensemble que peu de temps, et pour quelques anciens caravaniers, cette Caravane n’en est pas vraiment une. Là encore,… Et alors ? Au lieu de comparer avec avant, pourquoi ne pas tout simplement prendre les choses comme elles sont ? Il est entendu que l’on ne peut faire autrement, alors à quoi ça rime de penser comme ça ? Ça mène où ? L’un critique, l’autre agresse.. N’en sois pas offensé, ne joue surtout pas au sauveur. Accueille ces humeurs comme on a appris à accueillir les « grains » sur le Pacifique. Le sauveur va attirer à lui ses bourreaux, et le sauveur deviendra victime. Voilà où nous en sommes, tous pris dans le triangle de Karpmann, bien plus terrible que celui des Bermudes, croyez-moi ! Vrai ou pas ? Tout le monde aquiesca silencieusement. Ce qui est important maintenant, c’est que chacun se pardonne à lui-même et que l’on s’excuse les uns les autres de ces comportements stériles.

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Et joignant le geste à ces mots, les caravaniers se sont regardés différemment avec davantage de bienveillance, certains ont exprimé des excuses, d’autres se sont étreints. La soirée s’est terminée en chantant et dansant avec des chants polynésiens mais aussi avec du Sardou et du Johnny. Alors qu’autour de nous dans le lagon, il y avait bien une bonne dizaine de bateaux qui mouillaient en silence, feux éteints, à minuit, un catamaran détonnait avec sa sono à fond, lumières disco rythmant les vaguelettes et les balancements des cocotiers du lagon tout entier.

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