J13 - Jeudi 1er octobre
Mot du jour : Achuru = Comment tu vas ?
Metei = ça va bien
en langue Paumotu
Nous sommes attendus à huit heures à la petite école d’Aratika, située à proximité du ponton principal de l’atoll. Nous sommes ponctuels.

L’accueil des institutrices et des enfants est très touchant.

Chants et danses de bienvenue, colliers de fleurs, la directrice, Daïana et l’institutrice principale, Sabine, sont très enthousiastes par cette rencontre complètement improbable pour elles. Là encore les enfants n’ont jamais vu de piano.

C’est une première.

La matinée démarre sous le préau, préau qui donne sur les cocotiers et les turquoises du lagon éclairé de soleil.

Comme à Kauehi, à Aratika, il y a une seule classe qui accueille des enfants de trois à dix ans.

Les enfants, pour la plupart, sont très intimidés. Je crois que ce clavier blanc les impressionne.

Pourtant, petit à petit, la distance entre moi et eux va se réduire. Une heure plus tard, ils sont tous autour du clavier à vouloir jouer dessus.

Ce sont huit, neuf, dix mains qui se disputent les touches du clavier, chacun voulant faire des sons.

Que faire face à ce déferlement de joie,
sinon rajouter mes mains dans ce brouhaha.
Autour, d’autres enfans participent à notre farandole, ce sont petits tambours, maracass, flûtes, ukulélés qui nous accompagnent.

Les institutrices apprécient cette joie en liberté. Les qutres mains se succèdent, là encore beaucoup de rires, de complicité et de douceur.

Il y a dans cette classe un enfant de six ans très turbulent, Heremoana, qui signifie océan d’amour. Notre quatre mains a été d’une incroyable douceur. La douceur… Je crois que ces enfants en ont terriblement besoin.
D’après ce que j’ai pu entendre et comprendre, la vie sur l’atoll n’est pas facile. L’alcool et la drogue sont présents sur l’île, sans doute est-ce à cause de l’isolement ? Toujours est-il que tout cela peut entraîner des comportements violents dans les familles… Et les premières victimes sont le plus souvent les épouses et les enfants. Je joue une pièce très calme et parmi les enfants, certains versent des larmes…
Daïana, la directrice est bouleversée par ce qui se passe. Je n’ai jamais vu Heremoana comme ça. Je le découvre. Lui qui est tout le temps énervé, je l’ai vu jouer, t’écouter, te répondre paisiblement. C’est incroyable. Et il y a même eu des fillettes qui ont pleuré tellement elles ont été touchées…
Stéphanie sort sa Shruti Box et là encore, les enfants réagissent face à cette nouveauté, montrant un réel intérêt.

C’est clair, ils ont besoin de découvrir des nouveautés.

Ils sont tellement enclavés sur cet atoll. Quand un voilier arrive amenant avec lui d’autres humains, ceux-ci ne sont jamais des étrangers mais des rendez-vous d’opportunités. Puis Stéphanie nous apprend un chant africain, Zimbaba.

En moins de dix minutes, il est intégré et tout le monde, enfants, institutrices, et caravaniers le chantent en dansant. En fonction du rythme sur lequel il est chanté, il peut être soit berceuse soit chant guerrier. La matinée se termine dans la classe où tous les enfants regroupés posent des questions aux caravaniers.

Et pourquoi vous faites ça ? Et comment vous vous êtes rencontrés ? C’est quoi la Caravane amoureuse ? etc…

À 13h nous sommes tous de nouveau dans les zodiacs, prêts à retourner aux catamarans ancrés à deux cent mètres du ponton. La houle est tellement forte que nous emmitouflons le piano dans des sacs poubelle pour le protéger des vagues.

Nous déjeunons et quelques caravaniers partent snorkeller, alors que d’autres partent marcher sur l’atoll.


Vers 17 heures les deux catamarans appareillent. Nous quittons l’atoll d’Aratika pour aller vers l’atoll de Rangiroa. Pas loin de vingt heures de navigation seront nécessaires pour y arriver.